The Force awakens – Le Réveil de la Force féministe

Ce que je vais poster ici est le commentaire d’une féministe aguerrie qui m’a particulièrement touché tant il est juste et puissant. Il s’agit d’une réaction à propos de l’article de Ginger Force sur le super webmagazine Simonæl’article en question )

Alors j’adhère (évidemment) à ce qui est dit dans l’article.
Cependant je lui trouve un défaut majeur : l’androcentrisme.
Je m’explique.
Même si Ginger Force prend selon moi toutes les précautions oratoires nécessaires pour ne pas les nommer, j’ai l’impression qu’elle ne parle pas vraiment « des personnes sexistes et violentes » mais surtout des hommes cisgenres violents/chiants/trolls/sexistes etc.
Alors il est possible que ce soit ma misandrie qui parle, mais en même temps je pense que Ginger Force est dans le milieu depuis assez longtemps pour avoir assez déconstruit la misogynie intégrée* et savoir faire la distinction entre une opprimée avec un discours violent et un oppresseur avec un discours violent. J’en conclus donc que ce texte parle surtout des derniers en usant de périphrases. Et en relisant le texte, je trouve que la très grande majorité des comportements qu’elle évoque sont en grande partie ceux des hommes oppresseurs, selon mon expérience.

Le problème c’est qu’elle base toute son analyse de l’efficacité des « Paye Ta/Ton » sur l’effet que ça peut avoir sur les mecs cisgenres** les plus relous.
J’ai l’impression qu’elle concentre malgré elle toute son attention sur les hommes cis et leurs réactions. Elle pratique sans le savoir l’androcentrisme, ce qui est le fait d’envisager le monde consciemment ou non, uniquement ou en grande partie, à partir du point de vue des hommes, ou de se préoccuper uniquement de leurs intérêts, par exemple.

Alors je suis d’accord avec le fait que les « Paye Ta/Ton », niveau efficacité sur eux, bah c’est pas terrible.
(Qu’est-ce qui est efficace sur eux d’ailleurs ? On se le demande !)

Par contre, pour toutes les femmes et les jeunes filles sujettes au victim blaming***, au slutshaming****, à la misogynie intégrée, pour celles qui ont besoin d’un coup de pouce de ce genre afin de valider leurs vécus et leurs ressentis, les « Paye Ta/Ton », c’est de la bombe nucléaire féministe.
Je dois avouer que je me frotte les mains et que je glousse depuis que j’ai vu que Paye Ta Shnek venait de nous faire ce très joli feu d’artifice en propulsant toutes ces initiatives. C’est beau. C’est puissant. C’est presque biblique comme le « Multipliez-vous ».

En fait, j’y réfléchis depuis un petit moment, et même mon pessimisme assez envahissant parfois n’arrive pas à trouver cette multiplication quasi-orgasmique des « Paye Ta/Ton » moins que super génial 😀
J’avais déjà beaucoup d’admiration pour Paye Ta Shnek, bah elle vient de multiplier.

Ce qui est efficace selon moi, c’est de lancer des graines, c’est sûr qu’il est ardu de savoir quand elles pousseront et si elles pousseront, mais plus on en lance plus on a de chance que ça arrive. Là, on est en plein dedans.

Aussi, je pense que c’est une erreur de baser l’efficacité féministe sur l’éducation des mecs cisgenres (adultes). L’efficacité féministe est plutôt aux armes et aux défenses qu’on arrivera à mettre à la portée des femmes. Nous ne sommes pas là pour convaincre l’oppresseur, nous sommes là pour libérer les opprimé-e-s. Et permettre la libération de la parole, c’en est un des piliers fondamentaux.

Nous ne sommes pas là non plus pour faire voir aux hommes l’aspect systémique des choses, pour les faire avancer sur cette prise de conscience longue et ardue, source après source. Nous sommes là pour que la prise de conscience de toutes les femmes après nous soit plus facile.
Le patriarcat nous isole des unes des autres et casse nos solidarités. Être féministe, c’est en créer de nouvelles, des plus fortes, des plus vraies. C’est préparer le terrain pour qu’elles puissent s’épanouir, c’est créer l’organisation des opprimées entre elles. Je suis persuadée que mettre tous ces témoignages en commun, ça va surtout faire hésiter beaucoup de femmes et de jeunes filles qui tomberont dessus à envoyer de la misogynie intégrée, du victim-blaming et du slut-shaming à leurs potes la prochaine fois qu’elles pourront évoquer du harcèlement.
Ce truc formidable-là, en fait, il va mettre le doute à tout plein de nanas sur ce que le patriarcat leur répète depuis leur naissance. Distribution gratuite d’esprit critique féministe : ça c’est efficace !
Ça va également envoyer à toutes les futures féministes en devenir un cri de ralliement. Si elles n’y répondent pas tout de suite, elles le feront peut-être plus tard mais elles sauront que la meute qu’elles cherchent peut-être les attend.

Faudrait peut-être aussi éviter de penser que la pédagogie avec laquelle on se torture chaque jour ne s’adresse qu’à nos interlocuteurices direct-e-s. Nous sommes des féministes sur les réseaux sociaux, on ne s’adresse jamais uniquement à la personne à qui l’on parle. Les gens lisent et ne likent pas forcément. Tous les arguments pour lesquels nous avons déjà dépensé tant d’énergie, et qui nous ont semblé vains, ont peut-être servi à d’autres. Nos arguments sont aussi des potentielles sources d’inspiration dans lesquelles les autres féministes peuvent puiser pour agrémenter leur propre argumentaire.
Quand nous sommes en train de suer sur le net, nous battre contre ces trolls violents, nous sommes aussi en train de montrer que oui il est possible de résister. Quand un mec cis vous pète les gonades et que vous lui envoyez une volée d’arguments bétons dans les dents avec classe, il ne faut pas oublier que même si vous ne les voyez pas, il y a des femmes et des jeunes filles qui vous regardent, qui vous observent et vous jaugent. Elles n’aiment peut-être pas ce qu’elles voient, peut-être que ça les met mal à l’aise parce qu’on leur a toujours répété qu’il fallait se méfier de vous, mais je peux vous jurer qu’elles vous regardent attentivement.

* Misogynie intégrée : http://www.crepegeorgette.com/2015/08/19/misogynie-integree/#more-9626

** Cisgenre (ou cis) ; contraire de « transgenre » : personne dont le genre est en concordance avec le sexe déclaré à l’état civil à la naissance.

*** Victim-blaming : Le fait d’incriminer / culpabiliser d’abord la victime ou de lui faire honte pour ce qui lui est arrivé, et non son agresseur. Ex : c’est ta jupe, tu avais bu, tu étais seule dehors la nuit, tu l’as cherché, etc. Le victim blaming est un des outils de la culture du viol.

**** Slut-shaming : Le fait de stigmatiser une personne en la qualifiant de « salope », de « vulgaire », par le biais d’injonctions (« respecte-toi ») afin de brider sa liberté, sa sexualité, son habillement.

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